Stablecoin : un nouveau venu dans le monde de la finance
Ce nouveau mode de règlement des transactions se positionne comme un concurrent direct des monnaies émises par les banques centrales.
Se présentant comme une alternative aux devises traditionnelles, les stablecoins poursuivent leur essor dans l’univers des cryptomonnaies. D’après les principaux agrégateurs spécialisés, début octobre 2025, la capitalisation de ces actifs a franchi la barre des 300 milliards de dollars. Ces chiffres impressionnants interrogent quant aux raisons de leur succès. Explications.
Un stablecoin, c’est quoi ?
Faisant partie de la famille des cryptomonnaies, un stablecoin est une sorte de monnaie numérique, inscrite sur une blockchain, adossée le plus souvent à une monnaie officielle de référence (comme le dollar ou l’euro). D’autres stablecoins peuvent faire le choix de prendre comme référence une cryptomonnaie ou une matière première (l’or, le plus souvent).
Précision : les stablecoins les plus connus et utilisés sont l’USDT de Tether (capitalisation de 158,98 Md€ au 19/12/2025), l’USDC de Circle (65,96 Md€) et l’USDS de Sky (8,45 Md€).
Principale différence avec une cryptomonnaie dite « de première génération » (le Bitcoin en est l’exemple le plus parlant), dont le cours dépend totalement de l’offre et de la demande, un stablecoin est conçu pour que sa valeur soit relativement stable dans le temps. Pour assurer cette stabilité, les émetteurs de stablecoins doivent détenir en réserve un montant équivalent à la valeur totale des jetons émis. Ces réserves pouvant prendre la forme de dépôts bancaires ou de titres souverains de court terme libellés dans la devise à laquelle le stablecoin est arrimé. Ainsi, un investisseur qui acquiert un stablecoin valant un dollar peut donc l’utiliser comme bon lui semble dans le monde des cryptomonnaies et peut également l’échanger à tout moment contre un dollar (maintien de la parité stablecoin / dollar).
En outre, à l’instar du Bitcoin ou de l’Ethereum, il est relativement simple de se procurer ce type de monnaie. Des plates-formes en ligne proposent la création de portefeuilles numériques (wallet) et des services d’échanges de stablecoins contre une monnaie nationale (dite monnaie fiat).
Quelle utilité ?
L’ambition des émetteurs de stablecoins est d’offrir aux entreprises ou aux consommateurs une alternative aux solutions de paiement existantes pour régler, par exemple, des transactions. Les stablecoins visent également à devenir une solution plus rapide et moins coûteuse que les systèmes actuels de transferts de fonds internationaux, et à pouvoir ainsi être assimilés à un moyen de paiement transfrontalier. Autre pratique, les stablecoins se sont aussi beaucoup développés dans certaines économies (on pense au Vénézuéla, au Pérou ou à l’Argentine) où l’inflation atteint des sommets. Plus largement, les portefeuilles de stablecoins pourraient devenir une alternative aux comptes bancaires traditionnels.
L’exemple américain
Comme pour les cryptomonnaies, le secteur des stablecoins est largement dominé par des acteurs établis aux États-Unis. Selon CoinGecko.com, un agrégateur de données crypto, plus de 99 % des stablecoins en circulation sont adossés à la devise américaine. Il faut dire que les autorités américaines ont adopté très tôt une stratégie de soutien du secteur. D’ailleurs, elles encouragent fortement les banques américaines à développer des actifs et des services autour des cryptomonnaies. Un moyen, à peine dissimulé, de préserver l’hégémonie du dollar en passant par ces actifs 2.0.
Pour enfoncer le clou, le Sénat américain a mis en place, en juin 2025, une première réglementation fédérale : le GENIUS Act. Globalement, il s’agit d’un corpus de règles visant à encadrer l’émission, la gestion et la supervision des stablecoins, tout en offrant des garanties de sécurité pour les utilisateurs.
L’Europe cherche à combler son retard
Du côté de l’Union européenne, les stablecoins suscitent plutôt l’inquiétude. La Banque centrale européenne les voit d’un mauvais œil, car ces nouveaux moyens de paiement privés pourraient contourner les instruments légaux.
Face à la montée en puissance des stablecoins venant d’outre-Atlantique, l’Europe a eu pour réflexe de mettre en place rapidement une régulation. Elle s’est dotée, bien avant les États-Unis, d’une législation pour encadrer ces actifs. En juin 2024, le règlement MiCA entrait en vigueur. Ce texte impose notamment aux émetteurs de stablecoins d’obtenir un agrément de l’Europe pour pouvoir s’implanter.
Pressée par les initiatives américaines, l’Europe a accéléré le développement de son projet d’euro numérique. Rappelons que cet euro numérique serait l’équivalent des billets en euros, mais sous forme dématérialisée. Cette forme de monnaie électronique serait émise par l’Eurosystème et accessible à tous, ménages comme entreprises. Étant précisé que cette monnaie 2.0 existerait parallèlement aux espèces, sans pour autant les remplacer.
Accessible gratuitement, elle permettrait d’effectuer les paiements quotidiens rapidement, facilement et en toute sécurité. Disponible en ligne et hors ligne, l’euro numérique constituerait ainsi une solution de paiement supplémentaire, plus facile à utiliser, contribuant ainsi à l’accessibilité et à l’inclusion.
Mais l’Europe prend du retard. La BCE visant une mise en circulation courant 2029 !