Financer des projets européens non cotés est désormais plus simple grâce à la nouvelle génération de fonds ELTIF. Un type de fonds qui gagne à être connu.

Pour investir dans le non coté, les particuliers peuvent notamment acquérir des parts de fonds commun de placement. Mais une autre possibilité s’offre à eux : faire appel aux fonds ELTIF, des supports d’investissement à l’échelle européenne. Présentation.

Vous avez dit ELTIF ?

Un fonds ELTIF (European Long-Term Investment Fund) est un fonds d’investissement réglementé conçu pour orienter l’épargne européenne vers le financement de l’économie réelle, notamment via des actifs non cotés en bourse (infrastructures, PME européennes non cotées, immobilier à vocation durable, projets innovants à fort impact…). Concrètement, un ELTIF peut être considéré comme l’équivalent d’un OPCVM pour les actifs illiquides.

Introduits en 2015 par le règlement européen ELTIF, ces fonds n’ont pas rencontré le succès escompté. Raison pour laquelle la refonte de ce règlement, dont le texte initial contenait de nombreux défauts, est apparue comme une nécessité. Entré en vigueur dans l’Union européenne le 10 janvier 2024, le règlement ELTIF dans sa deuxième mouture a notamment simplifié considérablement la structuration et la distribution de ces fonds, les rendant nettement plus attractifs. Par exemple, ELTIF 2 a supprimé le ticket d’entrée minimal imposé (10 000 € auparavant), la limite d’investissement (pas plus de 10 % du portefeuille d’instruments financiers de l’investisseur dans des ELTIF) et a élargi les actifs éligibles.

La composition des ELTIF

Pour pouvoir être estampillés ELTIF, ces fonds d’investissement doivent respecter certaines conditions, et notamment détenir un minimum de 55 % d’actifs éligibles dans l’économie réelle. Sont ainsi éligibles les sociétés non cotées et les sociétés cotées d’une capitalisation boursière inférieure à 1,5 milliard d’euros, les parts ou actions d’un ou de plusieurs autres ELTIF, les parts de fonds de fonds, la dette privée (financements octroyés directement à des entreprises sans passer par les marchés obligataires) ou encore des obligations vertes (Green bonds). Les 45 % restants pouvant être investis, selon le choix du gestionnaire, dans d’autres actifs « liquides ». Le plus souvent, 15 à 20 % du fonds sont investis dans des actions, des obligations ou des liquidités.

Des fonds ouverts ou fermés

Deux types de fonds ELTIF peuvent être rencontrés par les investisseurs : les fonds ouverts (également appelés evergreen) et les fonds fermés (drawdown). Dans le premier cas, ils sont créés sans limitation de durée et peuvent réaliser des investissements en continu. Ce qui veut dire que ces fonds peuvent accueillir, de façon régulière (mensuellement ou trimestriellement), de nouveaux investisseurs. Et les investisseurs déjà en place peuvent, à échéances régulières, demander le remboursement de leurs parts. Attention toutefois, certains fonds peuvent prévoir une période de blocage (lock-up period) durant laquelle aucune demande de remboursement ne sera possible. Une période qui, généralement, est fixée à une année, renouvelable.

Dans le second cas, les fonds ont une durée de vie limitée, généralement entre 10 et 15 ans. Et les investisseurs ne peuvent, avant la fin de vie de l’ELTIF, demander le remboursement de leurs parts.

Quelle performance ?

De nombreux fonds ELTIF 2, récemment lancés sur le marché, n’offrent pas, comme nous l’avons vu, une exposition totale aux actifs non cotés. Une poche de liquidités étant le plus souvent ménagée pour satisfaire les éventuelles demandes de rachat. Par conséquent, ces fonds ne bénéficieront probablement pas des importantes primes d’illiquidité qui ont historiquement fait la forte rentabilité des marchés du non coté.

Pour les véhicules les plus anciens, les portefeuilles investis à 100 % dans le non coté – inaccessibles au grand public en raison de tickets d’entrée très élevés et d’une illiquidité totale – affichaient globalement des rendements compris entre 10 et 15 %.

À titre de comparaison, pour les particuliers, certains fonds lancés récemment visent un rendement annuel moyen avoisinant les 9 % sur leur fonds d’actifs privés, avec un horizon de sortie fixé à 5 ans. D’autres tablent sur un rendement de 7 % pour un horizon de 8 ans.

Pour les investisseurs avertis

Sans surprise, les fonds ELTIF visent un public averti et conscient des risques liés à ces actifs. Le principal risque étant la perte en capital. En effet, la valorisation des entreprises en portefeuille reste estimative et ne garantit jamais le prix de revente final. S’y ajoute un risque d’illiquidité. Les fonds investis sont bloqués jusqu’à la fin de vie des ELTIF fermés. Et pour les fonds evergreen, les sociétés de gestion peuvent, en cas de circonstances exceptionnelles, suspendre les demandes de rachat.

Avant d’investir, la prudence s’impose donc. Ne placez que l’épargne que vous pouvez immobiliser pendant au moins 10 ans. Assurez-vous que ce choix répond à un réel objectif patrimonial. Enfin, lisez attentivement les documents d’information du fonds visé pour bien appréhender la stratégie, mesurer les risques et comparer les frais avec d’autres fonds.


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